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dimanche 18 septembre 2016

Ils veulent (tous) assassiner Henri IV

Vous croyez que Ravaillac a tué Henri IV? Que c'était un déséquilibré, un psychopathe qui rêvait d'un moment de gloire?


 Ravaillac -l'homme de vert vêtu et aux cheveux roux - avait des hallucinations, il parlait seul, se promenait toujours avec un couteau, était d'une dévotion maladive mais il n'a sans doute pas agi seul.
La mort de Henri IV est un feuilleton:
- une jeune confidente rapporte un complot: deux femmes - une amante éconduite et la femme d'un des plus grands du royaume - intriguent pour tuer le roi. Pire, Ravaillac serait logé chez l'une d'entre elle...
- de mystérieux cavaliers viennent des Flandres pour tuer le roi...
- de curieuses missives circulent dans l'ambassade d'Italie et rapportent des rumeurs de complot...(un autre )
Il faut dire que le brave Henri n'avait pas ménagé sa peine pour se faire des ennemis:
un protestant volage qui quitte ses maîtresses plus souvent qu'il ne change de vêtements (eh oui, il sentait mauvais, paraît-il), un chef de guerre sur le point d'entraîner son pays dans de nouvelles batailles et un amoureux qui a choisi une jeune femme mariée...encore mineure.

Bref, toutes les raisons étaient réunies et au final...qui a tué Henri IV?


Pour ceux qui veulent savoir (toute?) la vérité historique, je vous recommande la lecture passionnante des livres de l'historien Philippe Erlanger qui écrit admirablement bien en plus de raconter l'histoire avec précision. (par exemple: L'étrange mort de Henri IV).
Pour ceux qui souhaitent connaître la dernière thèse avancée:


 Pour ceux qui veulent s'amuser à mener l'enquête avec Ondine, une jeune escamoteuse...Je vous livre ici le chapitre 1.  (avant les dernières corrections qui ont été faites) Bonne lecture!




J-9



Deux femmes vêtues de noir entrèrent dans la nef. Charlotte du Tillet s’était drapée dans un manteau et couvert la tête pour ne pas être reconnue. Dans l’église, elle laissa paraître un visage austère et froid, plutôt laid. La marquise Henriette d’Entragues avait plus d’éclat. C’était une femme d’une grande élégance, brune, à la peau claire et aux yeux aussi vifs qu’inquiétants. Sa rupture brutale avec le roi n’avait pas terni ses traits, au contraire, le désespoir et la haine la rendaient étrangement belle, presque effrayante. Dans l’obscurité, elle resplendissait encore.
Au moment où elles s’assirent sur un banc de prière, un curé sortit du confessionnal. Il s’approcha d’elles d’un pas solennel et leur chuchota quelques mots à l’oreille.
— Il est en retard ! s’inquiéta Charlotte du Tillet.
— Il ne va pas tarder, assura le père Coton.
— Et vous êtes certain qu’il fera l’affaire ? s’enquit la marquise.
— Parfaitement. Il croit qu’il ira au paradis en tuant un huguenot[1] ! Et de votre côté, tout se présente bien ?
— Nous avons eu, dit-elle en se tournant vers Charlotte du Tillet, un léger imprévu avec l’une de nos dames de confiance.
— Jacqueline d’Escoman ! Elle est venue me voir, confirma le père. Elle était prête à vous dénoncer toutes les deux. Si elle parle, nous sommes perdus.
— Rassurez-vous, reprit la marquise avec des yeux diaboliques, Jacqueline d’Escoman croupit en prison, à la Conciergerie, et elle n’est pas près d’en sortir !
— Si elle parle, personne ne la croira, renchérit Charlotte. Cette femme est une misérable, elle s’est acoquinée à un vaurien. C’est une fille perdue, une catin ! Nous ne risquons rien.
Le père Coton parut convaincu.
— Tout se présente donc pour le mieux. L’affaire sera réglée dans quelques jours. François va arriver.

À quelques pas de là, un homme errait au cœur de la nuit.
— Taisez-vous ! hurlait-il.
Les rues étaient désertes. Seuls les brigands et les chats rôdaient encore près du quartier des Halles.
L’homme cria encore plus fort :
— Cessez de me harceler ! Je ne veux plus vous entendre !
Il se tenait la tête entre les mains et arrachait ses cheveux de Judas[2].
François Ravaillac parlait seul. Ses hallucinations avaient commencé à le hanter tout petit alors qu’il vivait encore dans la maison familiale à Angoulême. Puis, son père était parti, plongeant toute sa famille dans la misère, et les voix avaient forci dans sa tête. Elles s’étaient multipliées et ne se taisaient plus. Dans ces moments de crise, il ne trouvait jamais de répit sauf lorsqu’il se recueillait devant un monument à la gloire de Dieu.
— Je sais que vous êtes là ! Vous voulez me contredire, mais vous n’y arriverez pas ! s’époumona-t-il encore.
Il s’écroula plusieurs fois en titubant jusqu’à l’église Saint-Eustache. Il paraissait ivre, il était juste fou et malheureux. L’église se dressait devant lui, immense à crever les nuages, béante des travaux en cours, hérissée de gargouilles grimaçantes qui recrachaient la pluie battante sur les rues de Paris. Il s’engouffra à l’intérieur et sanglota devant un crucifix.
— Seigneur ! Indiquez-moi le chemin, je suis votre serviteur !
Le père Coton s’approcha de lui pour le réconforter.
— Vous voilà, mon fils. Nous vous attendions. Je suis le ministre de Dieu. Laissez-moi vous aider, mon enfant. Que voulez-vous savoir ?
— J’ai peur, marmonnait-il. Le Seigneur ne me montre pas la voie. Tuer est un crime ! Si je deviens un assassin, êtes-vous certain que je n’irai pas en enfer ?
— Nous en avons débattu à plusieurs reprises, les huguenots sont les ennemis de Dieu, votre cause est bonne. Vous n’irez pas en enfer, tout au contraire. Le Seigneur vous récompensera pour votre bravoure.
Les deux femmes s’étaient assises à leurs côtés et épiaient chacune des réactions de l’homme roux.
— Dans trois jours, poursuivit Charlotte du Tillet, vous viendrez chez moi. Nous réglerons les derniers points. D’ici là, vous devez repérer les lieux, et surtout ne pas vous faire remarquer.
Henriette d’Entragues le toisa de pied en cap et s’inquiéta de son accoutrement : il portait un costume vert et un chapeau à plumet reconnaissables entre tous.
— Ne peut-on lui trouver un tailleur, pour arranger cela ? demanda-t-elle.
— Ce ne sont que des détails, reprit le père Coton, si Dieu le veut, rien ne l’arrêtera.
— Dans trois jours ! Répétèrent les deux femmes en sortant de l’église.
***
Au premier étage du palais du Louvre, une foule de domestiques s’était assemblée dans une pièce de service minuscule. Le porte-chaise, le porte-manteau, des lavandières de têtes, des lingères ou de simples servantes, tous attendaient impatiemment que le spectacle commençât. Ondine, une grande asperge de onze ans, aux boucles folles et à l’air mutin, était montée sur un guéridon et haranguait ses camarades :
— Mesdemoiselles, messieurs, voyez-vous ce foulard ? Et cette pièce en or ? Dans un instant, je la ferai disparaître. Ne la perdez pas de vue. Si vous la retrouvez, elle sera à vous.
Elle avait répété ce numéro minutieusement et pouvait le réaliser les yeux fermés. Elle fourra la pièce dans le foulard, tira discrètement sur la ficelle qu’elle avait tendue pour faire disparaître l’écu. Elle agita mystérieusement ses doigts, prononça une formule magique improvisée et rouvrit triomphalement le bout de tissu. La pièce n’y était plus.
L’assistance poussa un cri de stupeur.
— Vous pouvez chercher où bon vous semble ! fanfaronna la fillette. L’écu a disparu pour de bon !
— Tu nous étonneras toujours ! s’exclama une vieille femme de chambre qui la connaissait depuis qu’elle était toute petite.
Ondine était une parfaite escamoteuse. Si elle n’avait pas travaillé au palais, les foules se seraient pressées pour découvrir ses tours sur les places publiques.
— Vous n’avez encore rien vu ! J’ai mis au point un nouveau tour. Croyez-moi, je vais vous épater ! Cette fois, reprit-elle, je vais disparaître moi-même.
Dans l’assemblée, elle reconnut son ami Jean, un garçon qui, comme elle, avait grandi au palais parmi les domestiques. Sans parents. Elle lui fit un grand sourire puis s’introduisit dans un petit placard. Elle demanda qu’on l’y enfermât à clef.
— Et maintenant, ajouta-t-elle de l’intérieur, comptez jusqu’à 100 !
À 10, la porte s’ouvrit : Ondine était toujours dans le meuble, et sa supérieure, la vieille Renouillère, se dressait devant elle furieuse. Elle n’était pas d’un naturel commode, et les jeux d’Ondine ne l’amusaient pas du tout, surtout quand ils se déroulaient pendant les heures de service.
— Tu resteras toute la nuit dans la garde-robe[3] de la reine et tu plieras le linge pendant que les autres dormiront ! Et crois-moi, tu n’as pas intérêt à perdre le moindre drap, le moindre ruban, le moindre fil ! Sinon, c’est moi qui te ferai disparaître. C’est compris ?
La jeune fille s’exécuta immédiatement. En passant devant Jean, elle lui fit un clin d’œil. Il s’apprêtait à repartir travailler. Le garçon exerçait un drôle de métier : il portait des missives un peu partout dans Paris, connaissait toutes les histoires galantes de la cour, celles des amants éconduits, des bourreaux des cœurs ou des empoisonneurs. Il faisait office d’espion, d’entremetteur, de fin limier. Mais ce soir-là, ses talents étaient au service de son amie. La jeune fille lui avait confié son plus grand secret en implorant son aide, et il avait accepté. Depuis des mois, il enquêtait pour elle et il était sur le point de faire une sacrée découverte.
Si elle avait eu idée de ce qui l’attendait, elle aurait tenu sa langue et n’aurait rien demandé.



[1] Protestant. La Saint-Barthélemy qui a opposé protestants et catholiques et conduit au massacre des huguenots est encore très présente dans les esprits. Henri IV s’est converti au catholicisme mais les plus fervents ne croient pas à la sincérité de sa conversion.
[2] Roux.
[3] Au XVIIe siècle, la garde-robe est une grande pièce dans laquelle on range les vêtements mais aussi où plusieurs domestiques travaillent.

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