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dimanche 15 mai 2016

La bonne étoile de Malala

La voici, La bonne étoile de Malala. L'ouvrage sera dans toutes les bonnes librairies d'ici une dizaine de jours.
et pour vous faire une idée, je vous en livre un extrait!
Belle journée à tous




Chapitre 1

La montagne de Balbala

11 juillet 1997
Dans les lointaines montagnes du Shangla, quand les nuits d’été étaient trop chaudes pour trouver le sommeil, la vieille Balbala racontait des histoires aux enfants et aux femmes du village. Elle s’asseyait sur un tapis qu’elle posait sur le sol caillouteux, attendait que les étoiles essaiment dans le ciel, que les enfants brûlent d’impatience, puis elle se mettait à parler. La vieille femme ne savait pas lire. Elle contait de mémoire des légendes que sa mère lui narrait déjà quand elle était petite. Elle les connaissait par cœur, mais ne les disait jamais de la même façon.
Les étoiles brillaient fort. C’était un soir à parler d’un destin exceptionnel.
— Il y a bien longtemps, commença-t-elle d’une voix veloutée, avant que vous ne soyez nés, avant que je ne sois née, dans le sud du Kandahar, là où serpentent les dernières rivières aux portes du désert, naquit une petite fille du nom de Malalaï. Elle était pachtoune, comme vous et moi, et fille de berger. La région était alors occupée par les Anglais, et la liberté des Pachtounes était menacée.
« La petite Malalaï participait aux corvées ménagères, accompagnait docilement les bêtes dans les pâturages, mais elle écoutait aussi secrètement les conversations des adultes. Le pays était en guerre, et ils redoutaient de devoir prendre les armes contre les Britanniques. L’enfant, elle, était bouleversée à l’idée que l’on s’emparât de leurs terres, même si l’herbe n’y poussait pas et que les bêtes y trouvaient peu à manger. Dans son cœur bruissait un immense sentiment de révolte qu’elle taisait parce qu’elle n’avait pas le droit à la parole. Elle était trop petite. Ainsi grandit Malalaï, au cœur guerrier.
— Mais c’était une fille ! protesta Nawid, un jeune chevrier.
— Et quelle fille ! reprit Balbala. Quand la guerre éclata, son père et son fiancé durent partir au combat. Malalaï aurait rêvé d’être à leurs côtés. Mais sa place n’était pas là. Elle retourna nourrir les chèvres. De loin, elle regardait les chevaux soulever la poussière et les hommes affronter l’ennemi. Son cœur tremblait. Les Anglais étaient mieux armés, plus nombreux, et son fiancé, son père, ses oncles, ses amis, tous ces bergers qui ne savaient pas vraiment se battre étaient condamnés à mourir. Alors qu’elle trayait une vieille chèvre qui ne donnait presque plus de lait, elle quitta la ferme et courut. Elle courut à perdre haleine, à travers les cailloux et la terre sèche. Jusqu’à eux. Elle voulait leur apporter à boire pour les aider à tenir bon contre l’ennemi. Mais elle fit tout autre chose.
Les enfants se taisaient. Balbala accéléra son récit, comme si elle accompagnait Malalaï dans sa course. Elle poursuivit d’une voix essoufflée :
— La petite fille se fraya un chemin entre les broussailles desséchées par le vent, puis entre les cadavres de chevaux et les hommes déjà à terre. Elle n’avait pas peur. Elle aperçut une roche qui pouvait servir de promontoire, grimpa dessus et cria : « Toi, mon frère, toi mon père, toi mon ami, qui courbes l’échine et qui luttes mollement, tu seras la honte de ton peuple ! Meurs dignement si tu ne peux survivre, mais apporte-nous la liberté ! »
Elle harangua ainsi les hommes, les appelant au combat, ramassa un drapeau afghan sur le sol et le fit flotter au vent. « Battez-vous courageusement. Pour moi, pour votre honneur, pour celui de tout notre peuple ! »
Sa voix portait loin et les hommes y prêtèrent l’oreille. Alors qu’elle criait plus fort encore, un porte-drapeau mourut à ses pieds. Malalaï ne fit pas demi-tour. Elle ôta son voile et le brandit comme un étendard.
Et elle continua à parler de toutes ses forces, car c’était sa seule arme : « Versez votre sang, j’en ornerai mon front, ce sera une marque si belle sur mon visage que la rose du jardin en sera jalouse ! »
La jeune femme savait qu’elle risquait sa vie, qu’elle ne reverrait sans doute jamais ni sa chèvre préférée, ni sa mère, contre laquelle elle aimait tant se blottir, ni ce fiancé qu’elle se réjouissait d’épouser.
Émus par les paroles de Malalaï, les guerriers redoublèrent de courage. Alors que le combat semblait perdu d’avance, ils vainquirent leurs ennemis.
Malalaï fut tuée sur le champ de bataille. Mais c’est elle qui donna la victoire aux bergers de Kandahar. Une petite femme, qui avait décidé de sacrifier sa vie pour la liberté.
— Elle est triste, ton histoire, s’écria Nawid.
— Oui, elle est triste, mais elle est belle aussi. Quand je vois ces astres briller fort cette nuit dans le ciel, je me dis que Malalaï doit nous contempler. J’espère qu’un jour, vous connaîtrez une femme comme elle. Il faut aller vous coucher, les enfants, car demain sera une autre journée et, de mon côté, je dois accomplir un long voyage.

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