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vendredi 19 juin 2015

Histoires de Poilus....

Cette année se termine un atelier d'écriture avec des collégiens de Gignac.
Des troisièmes qui ont inventé et illustré des carnets de soldats, des lettres, des journaux intimes, des fragments de vie de poilus à partir de recherches historiques menées en classe.
Je vous laisse découvrir des extraits de notre travail en mots. Les images suivront...





André, un tout jeune soldat
C’est la mobilisation. Je me suis engagé ce matin. Je suis prêt à partir au front. Je pense très fort à tous mes proches. Je serai bientôt de retour. D’après la rumeur, les canons allemands ne marchent pas et leurs balles sont inoffensives. Ils disent que la guerre n’est que l’affaire d’un ou deux mois et que nous materons les Allemands aussi facilement qu’on écrase une fourmi avec un godillot. Nous en viendrons rapidement à bout ! Vive la France !

Jean, futur papa
Demain, on part à Montpellier, c’est là que se trouve la caserne. Pour le moment, je fais mon sac. J’y mets des photos, des feuilles et mon crayon de bois. Je mange un dernier bon repas et j’y vais. Lorsque le train démarre, je vois ma mère, Mathilde et mon petit frère sur le quai…ça y est ! Je ne sais pas si je les reverrai un jour. Avant de partir, elle m’a annoncé qu’elle était enceinte. À qui ressemblera-t-il cet enfant ? À moi ou à Mathilde ? Quel sera son nom ? Fille ou garçon ? J’espère juste que Mathilde lui dira qui était son papa.



Ces corps déchiquetés qui hantent nos rêves…
5 mai 1915
J’étais prêt à repartir sur le champ de bataille. Je tenais mon arme à la main. J’ajustais mon casque et m’apprêtais à me retrouver sur le chemin de la mort. Je sursautai.
Une main s’était posée sur mon épaule. Je me retournai.
Un soldat au visage couvert de bleus et de crottes de sang séché. Il avait une trentaine d’années.
Il tenait une feuille à la main. Il me souriait, autant qu’il pouvait.
— T’es du genre veinard, toi ! C’est ta permission, mon gars.
Je n’avais pas hâte de rentrer, et encore moins pour seulement quatre jours. Le trajet était long et des images horribles défilaient devant mes yeux. J’appuyais mon front sur la vitre de ma cabine tentant de ne pas tomber dans le sommeil. J’avais peur de m’endormir et de rêver d’hommes déchiquetés par les obus.

Quatre jours sans risquer de crever d’une balle perdue…
J’ai enfin droit à une pause de quatre jours. Quatre jours sans entendre les bruits d’obus qui explosent, quatre jours sans cadavres à mes yeux, quatre jours à ne pas me dire que je vais crever d’une balle perdue. Je vais pouvoir regarder mes enfants, et ma femme, leurs visages…
J’approche.
J’arrive. J’ai mal à la tête. Je ne me sens pas bien du tout.
J’ai terriblement envie de vomir.
 Ma maison est là, juste devant moi…Je ne sais plus ce que je fais ici, alors, je rebrousse chemin, oui, je pars m’isoler dans les bois.

Le ciel explose et la terre éclate autour de nous.
Il y a des morts mais on ne sait pas vraiment ce qui les tue. Parfois le sol s’ouvre sous leurs pieds.
Emerge le cadavre terrifiant d’un soldat mort seulement la veille ou depuis plus longtemps. Ils sont littéralement engloutis par des mâchoires voraces de gadoue et de terre bouillonnante, instable.
On ne les entend pas crier, car tout hurle alentour.
La Mort avale les hommes et déterre les cadavres.
Une abeille a tué Ferdinand la nuit dernière. Personne ne sait ce qui s’est passé, on s’est endormi la veille et, quand l’aube nous a réveillés, on a vaqué à nos occupations comme à l’accoutumée.
 C’est moi qui ai découvert sa dépouille. Je suis repassé trois fois devant lui sans me soucier. Il était blême mais nous l’étions tous. Il était figé, le regard vide, comme nous. Seulement, il était mort et nous ne pouvions pas faire la différence.
C’était mon meilleur ami.
Nous n’avions pas échangé un mot depuis une dizaine de jours, je crois qu’il était devenu fou. Nous sommes des fantômes.
Quand les bombes se mettent à faire trembler le sol, on franchit les barbelés.
Il y a des cendres qui volent, des Boches qui meurent à nos pieds avant même d’avoir tiré avec leurs armes.
Un obus éclate et on est nez-à-nez avec la mort. Je ne cours pas, je ne rampe pas, je survis, j’essaie….Je fais tout cela à la fois.
Je cours quand je ne suis pas en train de tomber et je cours très rarement. Ça siffle, ça bouillonne, ça mange nos pieds, nos genoux, nos visages. C’est l’Apocalypse. On a l’impression d’être aux portes de l’enfer, puis on est couvert du sang d’un autre…pas parce qu’on l’a tué, non, parce que ça l’a tué pour nous.
On regarde la terre qui exhume ses cadavres, le ciel qui crache ses obus, ses schrapnells et on se demande si on est déjà mort…




Les gerbes de boue
Hiver 1915
C’est horrible, ça siffle tout autour de nous. On est serrés dans la tranchée remplie de boue et de rats. On essaie de se réchauffer en vain. Des gerbes de boue éclaboussent nos têtes. Dans le no man’s land, Richard est mort, à mes côtés. J’ai dû le ramener dans la tranchée. Ils ont voulu l’enterrer mais j’ai refusé. Pas entre deux obus, pas comme les autres. Il faut que je le ramène à Eve.
André.

Le septième ciel
Nous survivons depuis trois jours dans cette tranchée. Nous sommes condamnés à la mort à chaque instant. Nous marchons sur nos amis, père, mère, frère…Je réalise que nous ne rentrerons jamais. Je ne récolterai plus jamais mon blé avec mes enfants.
Les abeilles et les obus hurlent dans mes oreilles. Une balle s’enfonce dans mon bras, je m’étends sur le sol et je cherche des yeux le septième ciel.

Les tranchées allemandes
On court, on tombe, on se traîne dans la boue. Je saute dans une tranchée et je vois des Français. L’effet de surprise est à mon avantage, je les tue tous, sauf un. Il est désarmé et je ne peux pas me résoudre à l’abattre.
Le soleil se lève sur les tranchées.
Nous profitons de la douce chaleur pour tenter d’oublier l’odeur infâme de la mort. Les canons commencent à hurler, dans quelques instants les percutants feront de nouvelles victimes. Je sens le sol se dérober sous mes pieds, j’avance vers le no man’s land. Mes oreilles sifflent et j’entends les abeilles passer au-dessus de moi…Une jambe est arrachée à un corps, couverte d’éclats d’obus, c’est la mienne….
 

La lettre d’un condamné
Cher journal,
Je t’écris pour la dernière fois. Demain, je serai fusillé. Je n’ai pas commis d’erreur. J’ai juste été trop humain pendant cette putain de guerre.
Je refuse d’être un mouton. Hier matin, je devais tuer un des nôtres, parce qu’il avait abandonné son poste. Mais j’ai refusé. Qui serait capable d’abattre un ami de patrie de sang-froid ?




Foutu éclat d’obus
Le retour a été dur à l’infirmerie. En ce moment, le nombre de blessés augmente à une vitesse folle.
Ça hurle dans le couloir ! Marianne, viens vite !
Je me précipite dans le hall. Ho ! Je vois le petit Ferdinand que j’avais rencontré dans le train pendant mon retour de permission. Le voilà qui dégouline de sang ! Je le prends sous l’épaule. Il ne bouge plus. Il murmure : « Maman, j’ai besoin de toi ». Je suis sa mère pour quelques instants. Ferdinand est mort à 17 ans à cause d’un foutu éclat d’obus.
 


Merci aux enseignants, Sonia Voisin, Elsa Permingeat, Gérard Sèbe, François Gaillard, pour leur implication, leur enthousiasme et leur disponibilité, merci à François Colombier, Président du Souvenir Français de l’Hérault, pour les renseignements qu’ils nous a fournis et son aide, merci à la direction du Collège Lo Trentanel pour avoir mis à disposition ses locaux, et avoir autorisé et soutenu ce projet, à la Région Languedoc-Roussillon qui a rendu cet atelier possible, et à tous les témoignages que nos Poilus nous ont laissés.



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