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vendredi 22 mai 2015

il est tombé par terre....c'est la faute à Voltaire....

Le voici arrivé chez moi.
Voltaire, écraser l'infâme....

Pour en gagner un exemplaire, il suffit de partager l'info.
Si vous avez le temps, , histoire de dialoguer un peu, et de fêter  les Lumières et la philosophie, dites moi quel philosophe ou penseur a marqué vos esprits... Je suis curieuse!

Voici le prologue pour vous faire une petite idée:


Prologue

Gaillard d’Étallonde scrutait anxieusement le ciel à travers l’étroite meurtrière. Depuis des heures, il attendait que la nuit tombât pour sortir du château familial. Enfin, le soleil déclina. Le jeune homme descendit l’escalier en colimaçon qui menait à une porte de service, en souleva discrètement le loquet et s’enfuit en pressant le pas. La nuit n’était pas assez épaisse pour le dissimuler aux regards des domestiques. Il se retourna plusieurs fois pour vérifier qu’on ne le suivait pas et s’enfonça dans les bois.
Il s’engagea sur un sentier rocailleux bordé d’ombres géantes – des chênes centenaires dans lesquels il grimpait quand il était petit. Encore quelques mètres et il arriverait au calvaire. C’est là que le chevalier de La Barre devait l’attendre. Il crut distinguer la silhouette de son ami au loin, mais son esprit lui jouait des tours. François-Jean n’était pas là. D’Étallonde sentit sa gorge se nouer. Et s’il ne venait pas ?
Le jeune homme avança jusqu’au croisement et s’assit sur les pierres froides du calvaire. Un moment, il eut envie de sortir son canif et d’entailler la croix de bois pour se venger de tout ce qui lui était reproché. Mais il se détourna et se contenta de contempler les astres égarés dans le ciel.
François-Jean arriva du côté opposé. Son visage était si pâle qu’il luisait dans la nuit. Il s’approcha de son camarade et lui donna l’accolade. Ils restèrent une éternité serrés dans les bras l’un de l’autre. Depuis le début de l’affaire, c’était la première fois qu’ils se retrouvaient tous les deux, en dehors d’Abbeville.
Habituellement d’Étallonde était le plus bavard, mais c’est le chevalier qui parla le premier.
— Tu regardais les étoiles ?
— Chez moi, on dit que lorsqu’une étoile filante passe, c’est le moment de faire un vœu, mais je n’ai pas vu d’étoile filante ! Juste une étoile errante, dit-il en serrant son ami une nouvelle fois contre lui.
— Tu ne vas quand même pas pleurer ! s’indigna le chevalier.
— Surtout pas le cul assis contre un crucifix ! fanfaronna d’Étallonde.
— Monsieur, vous êtes incorrigible, commenta son comparse en imitant la voix de son vieux précepteur.
— Parlons de choses sérieuses. Tu n’as pas réussi à convaincre Moisnel de partir avec nous ?
— J’ai tout essayé. Les protestations d’amitiés, les larmes, la raison. Il est persuadé qu’il ne risque rien.
— Il est trop jeune pour réaliser.
— Espérons que cela le sauve. Tu pars dans quelle direction ? demanda François-Jean. Tu as établi un itinéraire ?
— Plein nord ! répondit d’Étallonde. Je veux gagner l’Angleterre. Ils ont accueilli Voltaire, ils peuvent bien m’héberger. Et puis j’ai des cousins là-bas. Mes parents pensent que c’est la meilleure solution, pour l’instant. Et toi ?
— Je marche jusqu’à l’abbaye de Longvilliers. Ma tante dit que j’y serai en sécurité.
— Ça se saura dans le pays, non ? T’es sûr que c’est une bonne planque ?
— Ils ne m’y rechercheront pas, la maréchaussée a mieux à faire.
— On marchera tous les deux cette nuit, puis au petit matin, on se séparera. À deux, on serait trop vite repérés. Je vais te donner le plan et l’adresse de mes cousins, si jamais tu veux me rejoindre.
D’Étallonde pensait toujours au moindre détail et avait un œil d’expert en toutes choses.
— On y va ?
— On y va ! confirma le chevalier.
— Qui aurait cru qu’un jour on se retrouverait dans une situation comme celle-là ?
— Pour moi, c’est presque dans la logique des choses. Je ne suis pas né sous une bonne étoile. La vie m’arrache sans cesse à ceux que j’aime. Je ne sais pas trop quels desseins le bon Dieu a pour moi. Il doit vouloir m’éprouver ! Ou bien y a pas de bon Dieu et c’en est juste la preuve !
— Arrête de blasphémer, tu vois à quoi ça mène ! On se fume une pipe pour la route ? proposa d’Étallonde d’un air enjoué.
— Oui, et puis on devrait chanter aussi ! Ça nous donnera du baume au cœur. Tu te souviens de cette chanson paillarde qui nous avait fait tant rire !
— Si je m’en souviens ? reprit-il.
Et il l’entonna, tandis que François-Jean riait.
— Tu crois qu’ils vont nous rattraper ? demanda ce dernier d’un air faussement détaché.
— Impossible, on marchera trop vite, on est trop jeunes, Duval est trop gras. Comment pourrait-il nous retrouver ?
— Et les gendarmes, t’y penses aux gendarmes ?
— Ne t’inquiète pas, on va s’en sortir.
Gaillard d’Étallonde s’inquiétait rarement. Sans doute plus par inconscience que par bravoure ou réelle sagesse.
Ils marchèrent jusqu’au petit matin. À bout de fatigue, ils s’arrêtèrent pour partager un quignon de pain, assis sur une pierre en bordure du chemin.
— Il commence à faire jour, remarqua d’Étallonde.
Il avait pris une voix grave que François-Jean ne lui connaissait pas.
— On va croiser du monde, poursuivit-il. Même au milieu de nulle part. C’est le moment de se séparer. Je couperai à travers bois.
Il tendit à son complice le bout de papier sur lequel il avait crayonné son itinéraire.
Le chevalier le plia méticuleusement et l’enfouit dans la poche de sa redingote. Il rassembla ses maigres affaires posées sur le sol et sortit à son tour une lettre de son baluchon. Il la tendit à son ami et lui dit :
— Garde-la et lis-la s’il m’arrivait quelque chose.
— Tu deviens sentimental ! s’amusa d’Étallonde.
— Je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait. (Le chevalier prit une grande inspiration.) Alors, c’est le moment des adieux ?
— C’est ça, mais on se retrouve bientôt. Dans un mois ?
— Dans un mois, ça pourrait être une éternité.
— N’oublie pas de chanter, mon ami, chante, jure, dis toutes les grossièretés qui te soulageront ! On est en vie et ces vieux ne nous auront pas ! On est libres, tous les deux.
Le chevalier sourit, mais ses grands yeux marron étaient encore plus mélancoliques qu’à l’ordinaire. En partant, il cria :
— Tu dois avoir raison, c’est ça, la liberté. Mais il sera long, le voyage.
 




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