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dimanche 17 juin 2012

Pierrochio illustré par PARASTOU HAGHI en 2015 aux éditions Philomèle!






Voici le début d'un petit conte qui s'inspire de curieuses chaussures : les poulaines. Au Moyen-âge, les hommes raffolaient de ces curieux souliers démesurément grands. Plus le rang social était élevé, plus les gens portaient de grandes poulaines...L'église les fit interdire. Péché d'orgueil des pieds n'est pas toléré!
C'est Parastou Haghi qui va l'illustrer...
Pierrochio a un problème: quand il ment, ses pieds grandissent!
Elle a un talent fou! Voici la page de présentation de son blog pour vous donner une petite idée

un lien vers son univers: Les actualités de Parastou haghi
N'hésitez pas à aller fureter,c'est tout bonnement génial...


Le petit héros, un menteur invétéré, se retrouve ainsi chaussé:

1
Pierrochio n’était pas seulement un polisson et un fieffé menteur. Il exerçait aussi un drôle de métier : il était bonimenteur. Il avait un don pour embobiner les gens – même les moins crédules. Il vendait à tour de bras de mystérieux remèdes sur les places des marchés, des flacons de toutes les couleurs aux noms extravagants : « Elixir du cheveu long, pour les chauves », « Elixir de l’enfance éternelle, pour les vieux ». Il en avait inventé toute une panoplie. Des remèdes traditionnels qui donnaient bonne haleine ou qui faisaient disparaître les boutons les plus laids. Certains plus extraordinaires transformaient les pieds biscornus en menus petons ou ratatinaient la panse des hommes ventrus. Les plus miraculeux chassaient les ennuis en un tourne main, faisaient courir les mulets bornés, donnaient des dents aux poules pour mordre la queue des renards. Pierrochio ne manquait jamais d’imagination et Paul, son complice, préparait toutes les potions de la même façon : de l’eau mêlée à des pétales de rose pour qu’elles sentent bon. Certaines mauvaises langues les traitaient de charlatans, mais il ne faut pas écouter les mauvaises langues. C’étaient des inventeurs, des âmes généreuses qui se préoccupaient des misères des autres et soulageaient tous les malheureux de leurs pires tracas — de leurs bourses aussi.
2
Pierrochio et Paul s’étaient rencontrés quelques années auparavant à l’heure où tous les chats sont gris, sur une place de marché au cœur d’un village sans nom. Le petit Pierrochio se faufilait entre les étales. Paul était déjà un vendeur renommé dans la région.
Le petit avait volé des pommes, il avait faim, ce chenapan. Et il s’était fait attraper. Alors qu’il avait été pris la main dans le sac, il ne s’était pas dégonflé. Il avait menti comme un arracheur de dents. Sans trembler, sans avoir peur. Un blondinet qui n’avait même pas huit ans. Tout efflanqué. Couvert de taches de rousseur. On lui aurait donné le bon Dieu sans confession. Paul avait été ému par le gamin et il l’avait adopté, sur un coup de tête, pour toujours. Il n’avait jamais su d’où le petit venait. Il avait beau le questionner, le gosse inventait des bobards pas croyables. À la fin, Paul n’avait plus rien demandé, c’était un peu comme son fils, un petit mensonge à eux. Depuis, ils cheminaient ensemble, un gros brun, tout bourru, aux cheveux grisonnants et un petit blond, maigrichon, père et fils dans le monde des bonimenteurs.
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